Qu’une automobile fasse irruption dans un marché et tue une personne, qu’un commandant ait été braqué comme tout le monde ou que des soldats congolais aient été mis à poil par des soldats angolais par exemple parce que les objets, les événements qui s’articulent autour de nous se font forcément langage , et voici que le langage, environné par une réalité qui le mobilise, s’éveille à cette expérience de l’instant. Et voici que les textes présentés dans ce livre, anodins en apparence, montrent que la langue française au contact des langues locales congolaises n’est ni affaiblie, ni effacée ; elle est simplement la pensée conceptuelle du sujet parlant se laissant aller dans une sorte d’alchimie de langues en contact , empêchée d’observer et de dire individuellement jusqu’au bout ce qui pourrait être sa rigueur propre.  Et quand, grâce à cette alchimie, le mot un mot qui montre, un mot pour voir, et aussi sentir et savoir , désigne la chose, alors le bénéfice est immense pour la relation du fait divers, comme pour le langage. Car c’est le plein de cette réalité extralinguistique comme le regard la perçoit qui se porte du coup au premier plan de la dénomination, avec un peu d’individuation, un peu d’imagination, un peu de créativité, un peu de l’unité originelle du sujet parlant avec lui-même et avec le monde, de sa culture, de sa parole, de sa langue, du langage. Cette interlingualité-là dans le fait divers, constitue l’essentiel et l’âme de ce livre qui, en même temps qu’il éclaire d’une lumière neuve bien de phénomènes relatifs au contact de langues, et aux limites de la condition humaine, est plus que jamais une grande fête pour l’esprit.